20.6.08

Louis et ses larcins (2)


J’attends Louis à la terrasse d’une brasserie parisienne et profite du soleil qui nous a tant manqué dans le sud. Je sirote tranquillement un verre de vin rouge quand j’aperçois Louis de l’autre côté du carrefour. Les piétons le dépassent sans remarquer qu’il porte un panier métallique Monoprix plein à ras-bord. J’ai beau être habitué à son "mode de vie" pour le moins discutable, je manque m’étouffer. Sans vergogne, il marche et gagne ma table. Pas peu fier de ses courses, il me dit bonjour et s’assied.
- Tu pourrais être plus discret, quand même !
- Combien de fois je t’ai dit que plus c’est gros, moins ça se voit.
En attendant nos plats, il me fait l’inventaire de ce qu’il vient d’ « acheter ». Louis a une manière de prononcer le mot qui signifie qu’il n’a pas acheté mais chapardé.

Quand nous vivions à Belleville, nous avions mis en place certains codes. Car Louis avait la fâcheuse tendance de se vanter de ses larcins et de nous faire remarquer par les clients d’un restaurant ou alors les invités d’une soirée. Peu à peu, il a appris à ne pas étaler son CV de voleur devant n’importe qui. A ne plus venir à un dîner avec son cadeau qui ne trompait personne.

Par exemple, il débarquait avec sa bouteille de vin : un Pauillac 1997 – Réserve de la Comtesse qu’il avait chourée au Franprix et qu’il mettait dans un sac plastique d’une enseigne de cavistes. Il avait fait – je ne sais trop comment – un stock de poches Nicolas et de papier de soie.

J’ai l’air de jouer les moralisateurs, n’empêche que je l’ai souvent suivi dans ses périples. Et je n’en menais pas large.
Alors que nous sortions de chez Séphora, avec un flacon d’un parfum très cher, il me dit :
- Tu t’y prends comme un manche. Tu parles à la vendeuse, d’accord. Mais tu parles trop.
J’étais tellement mal, effectivement, que j’étais devenu un moulin à paroles.
- Par-dessus le marché, tu lui as demandé conseil sur
le parfum qui t’intéressait. Alors évidemment, elle saura que c’est toi qui l’a volé.

Aujourd’hui, il me raconte sa quête de chaussettes. Il n’en avait plus, alors il s’est rendu au rayon, a tâté celles qui n’avaient pas d’antivol. Des noires 80% coton, 18% polyamide, 2% élasthanne. Quatre paires. Il jettera celles qu’il a reprisées mille fois. Puis il termine ses courses. Un vigile l’appelle : « monsieur, monsieur ! » Louis se pétrifie. Le vigile : « vous avez laissé tomber quelque chose. » Et il lui tend l’article égaré. « Oh, merci ! »

- Il a été très gentil. S’il s’avait que je pille régulièrement le magasin…

9 commentaires:

Olivier Autissier a dit…

Ces histoires m'amusent beaucoup :)

Laurent Delpit a dit…

petit nota-bene

J’avais prévu de publier une lettre de Louis, or mon séjour à Paname m’a donné la matière pour ce second billet.

@ olivier
je savais que tu attendais la suite, alors voilà... j'espère avoir le temps d'écrire régulièrement ces histoires sur Louis

wawaa a dit…

Je travaille dans la grande distribution. Donc ca ne me surprend pas.

Les vols c un peu comme les souris ou les cafards, quand t en voit un , il y en a des tas de cache...

ca me rappelle la gitane qui avait cache un gros jambon de 5 kilos entre ses cuisses .... on a trouve qu elle marchait un peu bizarrement...alors la direction l a interpellee et bam un coup de stress, le jambon est tombe...

(desolee pour les accents j ai un clavier qui n en fournit pas...)

En tous cas tant qu il ne fait de mal a personne...c l essentiel !

sophie a dit…

Beaucoup de plaisir à lire ce Louis N° 2
J'attends la suite avec impatience le 3 , le 4 etc..............................

fixe! a dit…

hé ben bravo!
(mdr quand même...)

St Loup a dit…

Ravi de te lire, tu m'as fait rire en imaginant toute la situation. Il ne me manquait que le nom du quartier pour me trouver au cinéma.
Bizz

Laurent Delpit a dit…

@ wawaa
non, je ne crois pas qu'il fasse réellement de mal, sinon au chiffre d'affaire des magasins qu'il visite
mais connaissant un peu le sujet (j'ai moi-même travaillé dans la grande distribution) je sais que la DI (démarque inconnue) (vol etc) est aussi due au personnel peu scrupuleux
en tout cas, le coup de la gitane, excellent (sauf pour elle qui n'avait plus son jambon)

@ Sophie
la suite viendra au fil des semaines et de l'inspiration (parce que c'est bien joli d'avoir ces histoires (vraies) dans mes tiroirs, les écrire et les rendre lisibles est une toute autre chose

@ st-loup
justement, j'évite, dans la mesure du possible de citer les lieux précis... mais bon, je ne sais même pas si le fait de citer les magasins ne pourrait pas m'attirer des problèmes...

Julie a dit…

Hey bonjour !
J'aime bien ces histoires de Louis, qui ressemble à un personnage de roman, mais je sais plus lequel, même si je crois que ça a un rapport avquement malaussénien. Peut-être à cause de Belleville ? Bref, à quand, cette lettre ?
Message à la ramasse, mais contente d'avoir enfin un peu de temps pour venir.
Bisous, à bientôt

Laurent Delpit a dit…

@ julie
merci pour ces compliments / je les transmets à Louis / quant à la lettre, louis n'est pas très chaud pour que je la publie, alors, je respecte son choix... mais rassure-toi, j'ai encore tout un tas de choses à raconter
bisous